15/12/2005

 


Chaque état qui se dirige vers un matérialisme accru se trompe. Nous ne sommes pas tout-à-fait des animaux. Nous avons la logique, et nous construisons spontanément une valeur morale.

Peu importe l'origine temporelle de la morale: celle-ci est-elle née avec la technologisation de notre mode vie, laquelle en phagocitant l'environnement laisse inutiles une série de gestes ou de sens, ce qui demande un réinvestissement du sens dans autre chose que la vie matérielle, ou la morale est-elle de tous temps, entre les hommes?, chez les animaux? Est-elle présente partout, pan-présente? ect...

Ce n'est pas l'origine mais la "nécessité" de la morale qui pose question, car, doué de la faculté d'imaginer, ou d'inventer, l'homme est capable de penser un image abstraite de lui-même et d'inscrire petit-à-petit cette image dans le monde concret. La nécessité pose question: est-il nécessaire de penser moralement, et existe-il une loi morale elle-même nécessaire?

Ce qui me semble certain, c'est que lorsque nous pensons à un monde que l'on construirait, il est meilleur que celui dans lequel nous vivons. Le meilleur est avant tout un plan de la pensée, une volonté d'action qui se base sur l'état actuel et lui ajoute quelque chose, le transforme pour arriver à quelque chose de nouveau.

Mais à bien y réfléchir, ce sont toutes les pensées qui ajoutent quelque chose au monde concret... notre intelligence fait des plans, s'oriente dans le monde en fonction de buts qu'elle se donne. La politique, le droit (fut-il naturel), l'économie, autant de réalité crée par la pensée avant tout, par la recherche de la manière d'allier les éléments à sa cause: technologie et communication humaine sont les deux grands moyens utilisés dans le but de construire un monde meilleur. La pensée ets nécessairement morale: elle se propose spontanément des buts à atteindre, dont la réalisation a été jusqu'ici inédite.

Tout gouvernement matérialiste se trompe, car il confond les moyens de construction d'un monde meilleur et ce monde meilleur. Ce qui doit rester instruments au service de la volonté créatrice de la pensée, devient la finalité de l'état, ce au-delà de quoi il ne faut plus chercher. Lorsque les conditions de croissance économique seront remplies, l'histoire s'arrêtera...

Nous avons cependant, dans notre malheur, un peu de bonheur. L'apparition de problèmes écologiques majeurs a entraîné la nécessité de penser certains domaines de notre monde dans des intervales de temps beaucoup plus grande que celles prises en compte par l'économie ou la politique: a vrai dire, ces intervales sont tellements grandes que dans notre temps humains, les vraies conséquences de notre écologie se trouvent dans le futur.

Il ne faut pas se leurrer: les conditions matérielles pour une vie que nous promet le matérialisme, nous les avons déjà. Car le matérialisme, incapable d'abstraction, est aussi incapable d'inventer: il peut tout au plus nous apporter chaleur, nourriture, santé, confort, liberté. La liberté est un cas à part: le progrès matériel est en effet le seul moyen de dégager le temps nécessaire à la liberté... besogneux, l'homme est historiquement accablé par la nécessité matérielle. C'est la technologie, même la rentabilité, qui permet d'ouvrir des laps de temps dans laquelle la liberté va pouvoir opérer. Mais la liberté, comme toute abstraction, est une production de la pensée: pensée qui s'est donné les moyens de s'ouvrir du temps; pensée qui peut maintenant s'insérer de manière concrète dans le monde.

Finalement, le matérialisme ne serait-il pas un acte de mauvaise foi, un stratagème utilisé pour que la pensée se masque a elle-même sa destinée, qui est de prendre le contrôle du monde humain? Car s'il a incontestablement fallu une industrialisation de la production, une systématisation de l'économie en vue d'un mondialisme, une croissance économique permettant aux bienfaits de l'industrie de se propager à toute la population, ces phénomènes n'étaient pas les objectifs de l'humanité, sa fin, le sens de son histoire, mais uniquement des moyens dans la construction d'un monde meilleur.

Nous savons que les conditions matérielles de la vie, nous avons la capacité de les remplir partout dans le monde: chaque personne sur terre seraient, avec de la bonne volonté, nourrie, chauffée, soignée: les moyens matériels, les connaissances technologiques sont là. Nous avons donc toutes les conditions nécessaires pour remplir, finaliser, les nécesités matérielles de la vie. Nous avons l'opportunité d'instaurer un espace-temps uniquement destiné à se poser la question: qu'est-ce qu'un monde meilleur? comment peut-on l'améliorer? Certains y trouveraient de quoi peindre, d'autres d'entreprendre, d'autres encore d'écrire. Certains y trouveraient le temps de contempler, ou de se reposer.

Tant que les moteurs de l'économie capitaliste seront la croissance, la production, l'investissement matériel, le système n'a pas intérêt à ce que les conditions de vie s'équilibrent. Il faut au contraire qu'il reste "toujours du travail", qu'il y ait des pauvres à aider, des faméliques à nourrir, des rescapés à loger, etc... il faut une motivation pour continuer l'effort: et au lieu d'ouvrir les yeux, de voir qu'une fois ces conditions acquises, il est temps de passer à un autre schéma social, on voit les riches surinvestir dans l'inutile (la télé sur son gsm), pendant que les pauvres restent pauvres, le diviennent encore plus parfois...

Quand on ne verra plus le destin de l'humanité comme celui de "beurrer son pain", un vide sera créé qu'il faudra remplir par la pensée, un nouvel espace de liberté dans la recherche du meilleur. Lionel Jospin a pressenti en son temps ce fait: nous devriont, nous pourrions si nous le voulions, entrer dans l'âge culturel. Il ne pouvait concrètement pas faire passer l'idée, tant le reste de la société pousse en disant: il est temps de passer à l'age de la croissance économique... Et pourtant, tout est question de volonté...

Post-scriptum: étant donné que les seules formes politiques autorisées dans ce monde sont le libéralisme économique et le socialisme, et que les deux sont, éminament, matérialistes, il va sans dire que ce n'est pas parce que les matérialistes ont tort que la politique va sortir de ses oeillères...

10:21 Écrit par gorgo | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Un monde meilleur? J'ai du mal à croire que les hommes politiques aspirent encore à bâtir un monde meilleur, j'ai l'impression qu'ils éssayent, d'une élection à l'autre de sauver les meubles, qu'ils font de la politique comme ils pratiqueraient un sport, dans le but de gagner, rester accroché au pouvoir et tout ce qu'il apporte de gloire, d'argent, de notoriété, sans quoi ne seraient-ils pas plus courageux, plus radicaux, moins enclins au compromis, à ménager la chèvre et le cou àlors que l'urgence est derrière notre porte. On a combattu le collectivisme, et à la place on nous sert une mondialisation ou en tant qu'individu on nous éloigne de plus en plus de là ou se prennent les décisions, nos gouvernements se ridiculisent face à des organisateurs de spectacles, courbent l'échine devant les conseils d'administration des grandes multinationales, je ne me reconnais en aucun parti...
Comme le dit si bien Souchon " On n'a plus assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens"...
Amitiés.

Écrit par : Tito | 16/12/2005

*** Bonsoir Tito
je suis plutôt d'accord avec toi sur le fonds: je ne suis qu'un idéaliste qui prend les choses au mot...
mais la distance entre le discours politique et sa concrétisation nous offre la possibilité de remettre les points sur les i... utopie? je suppose... la société est trop morcelée pour espérer un soulevement général de la population... il suffit d'observer les petites guéguerres entre syndicats pour s'en rendre compte...
mais j'ai pas envie d'accepter, j'ai pas envie de croire les évidences...

Écrit par : gorgo | 18/12/2005

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