20/01/2006

Daniel Pennac: Au bonheur des ogres


Impossible de lire de la philosophie quand votre fille de 3 ans 1/2 est malade et à la maison. Je me suis donc consacré, ces deux derniers jours, au roman "Au bonheur des ogres" de Daniel Pennac, dont j'avais déjà pu goûter l'humour acide dans la BD qu'il a écrit pour Tardi: "la débauche".

Il ne s'agit pas de grande littérature, plutôt de roman de gare, à la Simenon ou San Antonio. Pas de recherche approfondie de style, ce qui en facilite la lecture... laquelle fut d'ailleurs plutôt plaisante.

La trame de l'histoire: Benjamin Malaussène à un métier étrange: il est bouc émissaire. Pas officiellement, bien sûr... sur le papier, il est vérificateur technique: il vérifie que le matériel fourni par le magasin pour lequel il travaille est fiable. Mais dans les faits, il ne vérifie rien, et se contente, lorsqu'un client se présente au bureau des réclamations, de tout prendre sur le dos: son supérieur le fait appeler par le haut-parleur du magasin. Il entre dans son bureau, et se fait rudoyer par son chef, qui le traite d'incapable, lui demande s'il est conscient des conséquences de son incompétence, et finit par le renvoyer dans une marée de réflexions injurieuses. ET là, miracle: le client prend pitié, retire sa plainte, et se contente de faire remplacer son produit.

Pas étonnant que la personne qui s'amuse à faire exploser des gens dans la galerie tente de le faire passer pour le coupable: le bombardeur sadique prend Malaussène pour un saint, lui qui accepte de porter sur son dos toute la pourriture du système capitaliste-consumériste symbolisé par cet endroit de commerce à gogo...

Je ne vous en dis pas plus: vous n'avez qu'à le lire, ça se trouve dans toute librairie (le livre est sorti en 2005[en 1985... merci Agequodagix]), et si vous êtes un tant soit peu dubitatif sur le bien fondé de notre belle société, vous devriez y trouver votre compte...

Voici mes impressions à chaud: Il n'y a pas que Malaussène qui soit bizarre dans ce livre: ses frères et soeurs, dont il a la garde, le sont tout autant: une photographe compulsive, une astrologue, un gamin mal élevé mais doté d'une intelligence et d'un sens du contexte assez rares,un chien bâtard, mi-errant, mais très puant... Pennac nous montre, finalement, comment la marginalité se lit directement sur le visage d'une personne... comment la société, qui a toujours besoin de coupables, se rue sur la marge pour trouver ses boucs émissaires... la seule personne dans le livre qui ne tombe pas dans le piège dressé par le tueur, c'est le commissaire de police chargé de l'enquête... absolument tous les autres (acteurs économiques) sont persuadés que cet étrange Malaussène, avec son sale boulot, est coupable... tout dans son caractère le dit... En contraste avec les bien pensants placés de manière pertinente dans l'arène de la galerie marchande, la famille Malaussène se meut dans un quartier défavorisé de Paris... et dans ce quartier, la différence ne compte pas, tant la vie est colorée, emprunte du multiple... pas de jugement faciles, pas de discrimination... tous dans le même caca, en quelque sorte...

16:46 Écrit par gorgo | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Pennac est un auteur merveilleux. J'ai lu beaucoup de ses livres, comme toi avec délices. Petite précision, Au Bonheur des Ogres est sorti en collection Folio chez Gallimard il y a 20 ans, en 1985 et pas en 2005. Il a très vite connu un énorme succès!

Écrit par : Agequodagix | 20/01/2006

*** Ha d'accord!!! J'aurais pu être plus attentif! ne fut-ce qu'au moment de faire mon post... merci en tous cas de la correction...
Je comprends maintenant pourquoi la personne qui m'a offert le livre me proposait de me prêter "toute la suite"... (il fait un bouquin par mois ou quoi?) (voilà, je commence à prendre son style :-) )
Je pense que je vais en effet en lire encore quelques uns...

Écrit par : gorgo | 20/01/2006

descendance et la famille de mallaussène s'étend au fur et à mesure des livres....de savoureux personnages...

Écrit par : Ernest | 21/01/2006

bonjour une merveilleuse journée a toi

Écrit par : coeurdenfant | 22/01/2006

Et même... que "La fée Carabine", le suivant, fut publié en Série noire ;))
Sinon, le meilleur est sans doute "La petite Marchande de prose". C'est une bonne lecture : ta fille te permettra-t-elle d'échapper enfin à la philosophie ? ;))

A bientôt

Écrit par : Ubu | 22/01/2006

*** Bonjour Ernest
Je m'en régale d'avance: il était en effet très amusant de voir comment malgré sa faculté de prendre du recul par rapport aux personnalités de ses proches, Malaussène ne peut qu'être influencé par eux... garder la tête froide ne suffit pas... il faut aussi un entourage sain... (je veux dire: pour ne pas être dans la marge... mais à lire le livre ou à vivre concrètement, les marginaux me paraissent souvent plus sains que les consciences normales... (normalisées))
Bonjour Coeur d'enfant
Comme je voudrais être aussi serein que tu le parais! Bonne journée!
Bonjour Ubu
Je me suis un peu inquiété d'être amusé par cette lecture et de me trouver de bonne humeur lorsque je l'ai terminée... je verrai si la série noire influera sur mes réactions impulsives :-) Cela dit, une autre réaction suite à ce livre a été: un Céline, vite!!! (question de style, sans doute?) et à y repenser, le plaisir a quelque chose de commun à la lecture de ces "deux-là"... serais-je un petit peu ogre? ou juste sensible à la crudité? (cruauté?)
Pour ce qui est de la philosophie, c'est sans doute le même problème que la cigarette: il faudrait que je trouve une occupation capable de la remplacer (question exigence intellectuelle), avant de pouvoir m'en défaire... mais à y réfléchir deux fois, je n'en ai pas envie... mes origines me protègent ad vitam aeternam de tomber dans le piège de la pédance académique...

Écrit par : gorgo | 22/01/2006

c plate en crisss srx pi vous otre la vs aver crissement po de vi sacremant a faire des blog sur lordi sur des cris de livre de meme de marde sacrament kan a ecrire de koi caliss metter un resumer esti

Écrit par : richard "mange" Ma rais | 04/06/2007

Traiter un roman de Pennac de "roman de gare", moi je veux bien, mais alors pourquoi pas Queneau ou Vian également ?
Les références à Girard en exergue du livre, le sérieux du sujet abordé même si traité de façon "ubuesque", me paraissent en opposition totale avec l'appellation de "roman de gare"...
Au-delà du rire, il y a des choses proprement terrifiantes dans cette histoire. Mais comme il s'agit d'un roman et pas d'une thèse, la lourdeur ici n'est pas de mise !

Écrit par : randier | 08/03/2013

Cher Randier,

J'abonde dans votre sens... je suis revenu depuis un certain temps d'une certaine fierté d'être un intellectuel versé en philosophie. J'en ai lu des Pennac depuis, et au-delà de la question de sa pérennité dans l'histoire de la littérature, je pense qu'il est incontournable pour qui s'intéresse à la littérature que je nommerai "existentielle"...

Écrit par : gorgo | 08/03/2013

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