21/03/2006

L'ère de l'individualisme


Il est inutile d'être sociologue ou anthropologue pour le constater: notre société éclate dans une pulvérulence sans nom. Les valeurs, autrefois véhiculées par le christianisme, ont été rejetées en même temps que la religion.

La fin de la religion et l'apparition de l'individualisme grossier coincident, me semble t'il, avec l'avènement de ce que d'aucuns appellent post-modernisme. Le modernisme, qui en philosophie correspond au rationalisme humaniste, est la charnière d'un ancien et d'un nouveau monde. Qu'est-ce qui a capoté?

La science n'a pu se débarrasser de la religion que par le biais du rationalisme classique. Le point culminant en même temps que l'achèvement du rationalisme classique, c'est Kant. Pourquoi? Parce qu'avant la Critique de la Raison Pure, le scientifique cherchait certes le canon de la vérité de son savoir au sein de la pensée, mais cette pensée restait accrochée et conditionnée par la pensée divine ([Saint Ansèlme], Descartes, Spinoza, Leibniz, Newton). Dieu restant le maître du jeu, la science devait s'y plier, jusqu'à ce que Kant montre que les moyens intellectuels nécessaires pour penser la divinité sont incompatibles avec ceux utilisés pour mettre une science rigoureuse en branle. La pensée humaine devient seule productrice de connaissance. Il n'y a plus de rapport possible entre la connaissance scientifique, au sens fort du terme (mathématiques, physique), et la théologie. On voit par là que l'individualisme est historiquement contemporain de la science moderne. Mais parlons-nous du même individualisme?

Kant rejettera toute idée de science psychologique: l'individualisme nécessaire pour développer une science et un progrès basé sur ce savoir ne peut être issu d'une observation du comportement humain. Encore moins de certaines règles issues de cette observation, lesquelles ne peuvent être que conditionnées et contextuelles: parler de l'homme européen du 18eme siècle, ne revient pas à parler de l'humanité en général.

L'individualisme nécessaire à la science se situe au niveau de l'universel, ou, si vous préférez, de la raison, qui est la faculté de penser l'universel. Par une réflexion sur soi-même, l'homme se découvre porteur de la notion d'universalité. C'est cet individualisme qui permet la communication universelle: celle des mathématiques, par exemple, ou celle, dans une moindre mesure, de la notion de droits de l'homme. Il n'est pas question ici de psychanalyse, ou de psychologie. Il est question d'une capacité de l'homme à penser des lois et des règles universelles. Pas universelles parce que coulées dans la loi, mais légales parce que factuellement universelle: la résolution de l'addition de 1 et de 2 ne sera jamais sujette à discussion personnelle, elle a comme résultat 3 dans toutes les situations, et cette opération peut être répétée à l'infini, son résultat sera toujours le même. Mais, comme il est impossible de fonder cette vérité sur l'existence de Dieu, c'est l'âme humaine qui en devient le fondement. Là est le véritable individualisme: celui qui permet, par une épuration prgressive de tous les contextes culturels et historiques, de mettre à jour des valeurs universelles qui ne relèvent, de droit (de fait, c'est indécidable), que de l'esprit humain.

L'explosion de la psychanalyse est un indice de la manière dont l'individu se fourvoie dans sa dimension sociale: ce n'est pas par un travail de réflexion rationnelle sur la place de l'individu dans la collectivité que l'homme post-moderne se réconcilie avec lui-même, mais par un éclaircissement de son histoire singulière qui le fait aboutir à des réquisits purement personnels. Loin de moi l'idée de nier l'intérêt et même parfois la nécessité de la psychanalyse. Mais une chose me paraît certaine: elle n'est pas une science (et donc pas une analyse de l'âme), et elle supplante une autre discipline indispensable au progrès de la société: la métaphysique. Lorsque la science et le politique se réconcilieront avec la métaphysique, lorsque la démocratie deviendra le choix du pouvoir par des êtres raisonnables, et non émotionnels, peut-être la société pourra-t'elle faire un nouveau bond historique. Et il est temps que cela arrive, car les concepts qui sont porteurs de la société: croissance, concurrence, économie, véhiculés par des êtres pathologiquement individualistes, aboutissent à une situation paradoxale autant qu'insoutenable: ils sont devenus obsolètes et entraîne la société dans la crise plutôt que la portent vers un horizon prochain.

09:00 Écrit par gorgo | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour, Très bonne conclusion !!

a bientôt

Écrit par : Le pèlerin vagabond | 21/03/2006

*** Bonjour pelerin vagabond
merci de tes encouragements!

Écrit par : gorgo | 21/03/2006

Ça… c’est du costaud !!
Si tu veux me rendre la pareille, rapport au post précédent, j’y prête flanc bien volontiers depuis très peu !

Écrit par : Agequodagix | 21/03/2006

*** Merci Agequodagix
Je m'empresse de te mettre en lien!
J'en profite pour ajouter celui du blog du pélerin
à bientôt

Écrit par : gorgo | 22/03/2006

Salut, Merci pour ton lien, je fais de même.

a bientôt

Écrit par : Le pèlerin vagabond | 22/03/2006

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