13/03/2013

Relâchements

 

10:00 second joint. Parti avec l’intention de ne pas fumer de la journée. Je sens le couperet qui va tomber : pas de shit ! pas de beu ! drogues interdites !, alcool, shit, mêmes déchets au final, mêmes comportements frénétiques… Passer une vie entière dans la sobriété, devenir un vieux monsieur sérieux comme sont sérieux tous ceux-là qui pensent que le grand cirque universel a un sens, et que s’ils défaillent, le sens va changer…

Garder l’esprit bien en éveil, et assister, dépité, désabusé, aux clowneries, et acquiescer quand celui qui a les plus longues pantoufles me regarde dans les yeux, protégé qu’il est de son masque, et me dit, d’un ton grand seigneur, que tout ça c’est très sérieux ! Que ma vie je la lui dois, à toute cette sériosité.

Sobre à en perdre la raison, faire semblant qu’il y a une différence entre sobriété et ivresse, que la société n’est pas la plus dure des drogues. Que carburer au boulot, au café, à la télévision et aux vacances, c’est pas de la drogue ça, c’est le chemin des gens de bien, de ceux qui vont dans le sens qui est le meilleur pour tous ! Feindre d’ignorer que ue n’importe quelle influence n’est pas une drogue, qui artificiellement fixe les choses et les esprits… alors que tout est mouvement, que tout est continu, que je pourrais vivre en gorille si un clan m’avait adopté… que je vivrais dans une cabane de bambou à siroter de l’alcool de riz si j’étais né sous le levant…

Que reste-t-il devant soi lorsqu’on est arrivé à la conclusion qu’il n’y a de véritable pays que l’Absurdie ?

Que le voyage soit tout du moins agréable, et que les paysages soient beaux, si la beauté est ce qui rend mon pèlerinage désirable. Parce que s’arrêter, ce serait mourir. Purement ou, et c’est le pire, symboliquement. Je suis au moyen-âge de la pensée. J’ai besoin de m’arrêter parce que je sais qu’inlassablement il me faut reprendre le chemin, et qu’à fuir les croisements, je me retrouverai tel ces héros grecs pris dans d’éternels tourments. Si l’unique chemin que je choisis est celui de la destruction, j’aurai beau faire demi-tour, j’en demeurerai sur ce chemin. Je brouille les cartes tant que je peux, je fuis le droit et le rigide, et si je m’arrête quelque part, c’est au milieu d’un carrefour.

Je dois bien le confier, la drogue et l’influence m’ont orientées vers la philosophie. La drogue par le sentiment de décalage par rapport à un état normal de la conscience. L’influence par ce que la drogue a insufflé dans ce décalage. Des histoires d’amour, de pensée, des questions profondes abyssales même. Apprentissage du raisonnement, de la raison, de la recherche de sagesse de, par et vers la drogue. Circuit autistique dont le parcours, si tout cela n’était pas pur délire sous influence de drogues, aura duré plus de 20 ans. Le vieux prisonnier est désormais libre. Mais il a passé 25 ans en prison, un monde en soi, régulé, régulier, jusque dans les codes guerriers, de manière complètement immanente. Déjà le soleil l’aveugle, tellement son rayonnement se dévoile enfin… dans son souvenir, le soleil était le ême qu’en prison. Ce qui est logique. Il n’y a qu’un soleil. Le soleil devait donc être gris comme une grille de prison. Et le voilà qui brille de la liberté, et que, lorsque vieux gorgo retrouve la vision, il ne reconnait plus rien. Sa liberté ne sera que factice : il lui faut, d’abord, comprendre ce qui l’entoure…

Carrefour à arrêt… 10 :30 : troisième joint, celui de la sieste.
10 :31, question : pourquoi cette frénésie ? pourquoi cherché-je en toute circonstance l’épuisement total ? Métaphore de mon état psychique ? Manière de me donner l’autorisation d’être fatigué ?

 

10:34 Écrit par gorgo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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